ESPRIT DES VILLES 2015L’Esprit des villes 2014 a été bien apprécié par ses lectrices et lecteurs qui nous l’ont fait savoir par mails ou de vive voix lors de diverses rencontres autour de la revue, organisées par des libraires ou des bibliothécaires de Martigues, Aix-en-Provence, Saint-Étienne, Lyon, Paris, Bruxelles, Nantes, Lausanne, qui se reconnaîtront et que nous remercions chaleureusement. Ce premier pari (être une revue sans abonnement et uniquement vendue dans des librairies) a été gagné, certes modestement…

L’Esprit des villes 2015 est entre vos mains, le sommaire figure sur la quatrième de couverture et indique à la fois la continuité et le renouvellement de cette publication, continuité par la variété des thèmes traités et des manières de le faire (fiction, essais, billets d’humeur, monographies, dessins, photographies, etc.) et renouvellement partiel des signatures. Une revue se doit de s’ouvrir à des auteur(e)s de langues, de cultures, de générations, de démarches différentes. Trop de revues, à nos yeux, s’avèrent claniques, sont la « chose » d’un tout petit groupe, se répètent de façon parfois obsessionnelle et lassent leur lectorat. Le rythme annuel de L’Esprit des villes favorise les rencontres qui ainsi en diversifient le contenu.

Le contenant est demeuré à peu près le même avec ses trois parties : Ici et là, l’actualité de la terre urbanisée (qui démontre une fois de plus que « l’actualité » ne vieillit pas si rapidement qu’on le dit et qu’il est possible de revenir sur un « événement » six mois après pour le décrire et le décrypter autrement) ; Textes, rassemble, cette fois encore, des récits, des études, des articles aux écritures variées et à la longueur suffisante pour approfondir une question ou exposer un point de vue sans le caricaturer, plusieurs de ces textes concernent la littérature, ce qui confirme à quel point le destin des villes trouve chez le poète ou le romancier, l’attention qu’il mérite ; Esprit critique ne se contente pas de recenser des livres, la rubrique visite une exposition et nous entraine au cinéma.

Un architecte rédige des nouvelles, un peintre détourne des photographies, un photographe « bidouille » les siennes, un romancier enquête sur Nadja, mais rassurez-vous, un traducteur traduit, une politologue analyse l’ordre et de le désordre, une philosophe écosophise, bref, cette livraison vise à la fois, l’unité du projet éditorial (rendre compte des cultures urbaines) et la diversité des approches (le croquis, la photographie, la critique, etc.), de la même manière que l’urbanisation concerne toutes les cultures et tous les Terriens et qu’en même temps, elle se manifeste différemment et génère des alternatives, des expérimentations, des résistances et des colères aussi dissemblables que les agencements colorés d’un kaléidoscope.

L’Esprit des villes 2015 revendique son indisciplinarité, mais comment faire autrement ? Les formes de l’urbanisation s’opposent, se combinent, se chevauchent, se métamorphosent, s’hybridifient, se déforment, s’informent de telles façons qu’aucune discipline académique, qu’aucun savoir-faire de praticienne ou de praticien, ne peuvent ni en rendre compte ni en démonter les ressorts et en subvertir les fondements. Toute idée est un combat. Toute politique urbaine mérite sa contestation. Toute expérimentation s’avère provisoire et vulnérable. L’Esprit des villes ne relève pas de la nostalgie (de quoi ? de la ville italienne du XVe siècle ? du Paris baudelairien ? du Berlin de Kracauer ? du Brooklyn de Paul Auster ?), il indique simplement que toute urbanisation ne génère pas forcément une ville, de même qu’un village urbanisée peut posséder un « esprit » que ses habitants entretiennent comme un trésor inestimable. Cet « esprit des villes » signifie : démocratie, partage, solidarité, diversité, inventivité, créativité, habitabilité, urbanité. Il n’est jamais définitivement acquis. Ce qui explique que nous préparons déjà le numéro suivant… Bonne lecture ! Th.P.