photo_couvPourquoi une nouvelle revue ?

La raison est simple : la planète s’urbanise et nous ne pouvons rester indifférents à la multiplication des « villes » (ce terme a-t-il encore du sens ?) aux architectures globalisées, à l’extension des réseaux (lignes aériennes, autoroutes, trains à grande vitesse, voies maritimes et ports de containers, Internet,…) contrôlés par une poignée de multinationales, à l’uniformisation des modes de vie et des comportements (vestimentaires, alimentaires, sexuels, cultuels…), à la marchandisation généralisée des pratiques, tant touristiques, que patrimoniales, paysagères, urbanistiques, à l’effacement programmée des paysanneries, à la dégradation des écosystèmes et à la peur de toutes les expérimentations pour habiter sereinement et intensément la terre ! Une terre dorénavant urbaine où l’urbanisation s’effectue avec, sans et parfois contre la ville. Il convient d’examiner sans a priori l’étalement urbain, les gated communities, les gratte-ciel ou impasses en hauteur sans aucune urbanité, les centres commerciaux, les gares et aérogares, la marée pavillonnaire ici et les bidonvilles là, les flux et connexions, les campagnes urbanisées, la fringale patrimoniale, les innombrables ségrégations, les territorialités de la démocratie en panne, les « écoquartiers » standardisés, les pratiques solidaires et autres expérimentations architecturales, sociales, économiques, écosophiques, etc.

Afin de comprendre les tendances qui « travaillent » les sociétés et les cultures et agir sur elles, L’Esprit des Villes associe toutes les disciplines et surtout les indisciplines. L’esprit de chaque ville échappe à l’analyse du seul géographe ou sociologue, architecte ou urbaniste et réclame une indispensable pluralité de points de vue, d’où des textes littéraires, des photographies, des dessins, des articles réactifs de colère ou d’enthousiasme, des études solidement documentées, des traductions, des rééditions, des débats contradictoires et de la philosophie ! On se promène dans cette revue comme dans une ville, chaque contribution est un quartier différent, une rue qui dépayse, un jardin qui repose, un habitant qui vient à vous, une revue-ville qui révèle justement son esprit singulier et appelle à la flânerie parmi les idées, les représentations, les interprétations, les réalisations, les anticipations, les inventions.

L’Esprit des Villes se veut une publication résolument non académique, sans comité de lecture, sans jargon technique et langue de bois institutionnelle, une revue d’auteurs pour des lecteurs ! Sachant toutefois que ces auteurs sont aussi des lecteurs et que les lecteurs peuvent également écrire. L’exigence de qualité sera ainsi partagée.

Il n’existe pas de publication équivalente, ne dominent que de rares et tristes revues financées par ceux-là mêmes qui détruisent les paysages urbains et homogénéisent les procédures, les vocabulaires, les formes, les normes et entravent les expérimentations, dénoncent les innovations, brident les utopies, bref conditionnent au nom d’une quelconque rationalité financière les milieux urbains-en-cours !

L’Esprit des Villes, par conséquent, s’avère une revue de combats, et donc de résistance, misant sur le toujours mieux et non pas le toujours plus !

L’Esprit des Villes n’a pas de comité de rédaction mais une coopérative d’auteurs et de lecteurs (1). Elle n’a pas de rédacteur en chef mais un rhapsode (« celui qui coud ») chargé d’assembler les textes. Elle ne publie pas de dossier (chacun via Internet, le construit à sa guise et l’actualise en permanence) mais propose des articles inédits qui explorent à l’échelle mondiale toutes les initiatives citoyennes. On ne s’y abonne pas, on guette sa parution en librairie avec une impatience non dénuée de gourmandise…

L’Esprit des Villes interroge les notions, les modèles et les concepts qu’utilisent les praticiens et les élus afin d’élaborer des contre-propositions, tout comme elle rend compte des réalisations et projets, aussi en architecture, urbanisme que paysage, qui contribuent à une plus grande habitabilité des lieux.

L’Esprit des Villes milite pour des villes inventives, composites, habitables, joyeuses, écologiques, enchanteresses ! Des villes débordant d’esprit, c’est-à-dire d’intelligence collective, de créativité et d’humour. Th.P.

(1) Hacène Belmessous, Sophie Body-Gendrot, Florence Marchal, Anne-Solange Muis, Chris Younès.